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Je suis visiteur de prison

Un beau témoignage à méditer

le Vendredi 17 février 2017

Témoignage de Jean-Claude SOUDAN, engagé auprès des détenus de la prison d’Amiens


Quand j’évoque occasionnellement cette activité avec des personnes que je rencontre, les réactions sont souvent assez contractées: « cela ne doit pas être facile »; « je n’arriverais jamais à faire ça »; « c’est courageux de la faire »; « comment peut-on devenir visiteur? » ou encore: « tu vas voir des taulards maintenant…? » En fait, qu’est-ce qui fait que je fasse cela?

J’ai toujours eu un intérêt pour la nature humaine, dans sa diversité; je crois en l’homme et , même si on a dérogé un jour, on peut toujours se refaire; je crois aussi que quelqu’un sur notre route peut parfois faire changer les choses; je suis aussi croyant, et aider ceux qui ont eu moins de chance dans la vie fait partie de ma contribution à construire un monde meilleur.


Mon approche de la prison a commencé par le fait d’être témoin de moralité dans un procès d’assises où un de mes anciens élèves, quelques années après avoir quitté l’école d’agriculture que je dirigeais, était jugé pour assassinat. Mon témoignage l’avait touché et il m’en avait remercié par courrier; ce fut le début d’une correspondance et de quelques visites dans son centre de détention à Caen pendant ses quatorze années de détention.


Sollicité par le Secours Catholique par sa branche « amitié sans visage », j’avais aussi entretenu une correspondance avec un détenu anonyme. Il y a trois ans et demi, une amie, visiteuse de prison à Amiens, m’a demandé de les rejoindre pour un essai… Depuis, je renouvelle ma carte tous les deux ans!
J’ai, selon les périodes, entre trois et cinq détenus, toujours les mêmes, que je visite pratiquement chaque semaine. Les visites s’effectuent dans des boxes de quelques mètres carrés, les mêmes que ceux attribués aux avocats. L’entretien s’effectue en tête à tête et en toute confidentialité.

Le temps passé pendant la visite est souvent enrichissant pour le détenu comme pour le visiteur. L’échange au départ a souvent comme thème sa vie quotidienne, ses problèmes avec ses codétenus, travail ou pas au sein de la prison… Mais au fur et à mesure des visites, le climat de confiance s’établit et les problèmes de famille sont plus présents, les addictions, la perspective de la sortie.


La raison de l’incarcération est évoquée tôt ou tard, quelques fois pas; nous n’avons pas à poser de question sur ce sujet au détenu, mais cette connaissance nous permet de mieux le connaître, surtout dans ses faiblesses, afin de l’aider dans sa réhabilitation.

Quelle satisfaction pour le visiteur ou quelle émotion quand il entend son détenu lui dire: « Avec toi, j’aborde des problèmes que je n’aborderais pas avec ma famille... » Ou encore: « Si tu n’avais pas été là à me visiter, il y a longtemps que je ne serais plus là... » Entendu aussi sur le stand des visiteurs au salon des associations, cette année à Amiens: « Je suis un ancien braqueur. J’ai fait onze ans de prison. Je travaille maintenant chez Bouygues. Et c’est grâce à des gens comme vous que j’ai pu m’en sortir... »


Les personnes emprisonnées sont certes là pour payer une faute, et ils ne le contestent pas en général. Leur condamnation résulte d’agissements que réprouve la société et qui sont punis par la loi. Mais pour un grand nombre d’entre eux, les raisons de l’incarcération découlent d’un départ dans la vie qui ne leur a pas été favorable: famille inexistante ou à problème, alcool, drogue, chômage, promiscuité, guerre ou misère dans leur pays d’origine, concours de circonstances…


Chacun de nous peut un jour connaître la prison; je visite actuellement un monsieur de 74 ans, incarcéré pour cinq ans pour avoir causé un accident mortel après un après-midi un peu arrosé avec des copains. Le pape François, dans un livre d’entretien publié cette année le nom de Dieu est miséricorde ne dit-il pas: « chaque fois que je franchis le seuil d’une prison, pour une célébration ou pour une visite, je me demande toujours pourquoi eux et pas moi? Leurs chutes auraient pu être les miennes... »

 

Témoignage extrait du magazine Toujours jeune n°483, février 2016
 

Article publié par Paroisse • Publié Vendredi 17 février 2017 • 56 visites

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